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Voici un fragment du manifeste d'Onyx - collectif dont l'oeuvre, quoiqu'éloquente, n'est pas complète. Ces extraits reconstitués permettent néanmoins de situer l'anarcho-nihilisme dans le contexte du mouvement libertaire en 2005.
Introduction. En conclusion : rien n’existe, c’est pourquoi tout est
possible. Sortez corbillards et têtes d’enterrements ; sortez les
bombes, les habits noirs, une peinture de Netchaiev, un gallon d’absynthe,
une bonne syphillis avec une corde de pendu… Voici les nihilistes ! Vos peurs et vos fuites nous ont créés : nous voilà
partout – l’ombre de vos doutes, ce que vous craignez :
la non-réponse à des questions qui ne se posent pas. Voici les libertaires ! Le fantôme de la Révolution nous possède comme
une gorgée d’eau pour une langue sèche. Nous voulons
le changement. Nous devenons le changement. Oubliez vos préjugés et vos préconceptions : nous vous
interdisons d’obéir. La libération est notre unique dessein,
c’est pourquoi nous sommes nihilistes, c’est pourquoi nous sommes
anarchistes, c’est pourquoi il est encore pertinent de l’être.
Partie 1. Constat de la non-réponse On dit que « Dieu est mort ». Cette résolution est
simpliste. Le nihilisme nietzchéen et ses avatars amalgamé
au libéralisme des lumières ont créé dans
le vivre-ensemble actuel une confusion bipolairisée qui nous
renvoie dans un paradoxe sans issus : l’axe du vouloir d’une
reconquête existentielle coexistant parallèlement à
l’asservissement d’un système politique axé
sur l’économie. Le deuxième ayant la force nécessaire
pour étouffer le premier - ne serait-ce que l’espoir de
l’envisager rationnellement –, nous sommes aux prises avec
une dichotomie du rapport à l’existence qui préserve
l’être humain-e dans un état de peur et d’angoisse
situé entre la perte de sens totale et la foi religieuse. Certain-ne-s
évoquerons à ce sujet le post-modernisme, d’autres
le nihilisme. Mais puisqu’il est facile de tomber dans le défaitisme
lorsqu’il s’agit de dogmatiser un état philosophique,
nous, nous en appellons à l’ouverture des cadres théoriques,
pour ainsi dire, à la réflexion. L’appropriation du vivre-ensemble par les défenseurs du
capitalisme sauvage a obligé les membres des communautés
à qui on a arraché Dieu à effacer l’option
de la réflexion pour aussitôt répondre à
des critères de subordination politique et économique.
La pensée est alors devenue confuse et lointaine, le sens à
la vie une route inachevée vers une réelle libération
des pendants religieux. Nous avons donc par défaut conservé,
faute d’avoir pu construire autre chose et apeuré-e-s devant
le néant, des valeurs (patriarcat, , etc.), des cultes (cérémonie
d’enterrement, Noël, Pâques, etc.) et des réflexes
politiques issus du religieux catholique. En contrepartie, nous avons
obéit au capital en laissant de côté les éléments
religieux qui étaient pour lui une certaine nuisance : la pudeur
sexuelle, s’aimer les uns les autres, aider son prochain, etc.,
éléments qui ne conduisaient pas nécessairement
vers un épanouissement individuel et collectif, mais qui ne portent
pas le poids – et c’est suffisant pour s’y attarder
– d’un choix, mais plutôt d’une soumission. Également, aujourd’hui - puisque c’est d’aujourd’hui
et non d’hier dont nous voulons parler -, les questions auxquelles
tentait de répondre l’être humain-e en créant
le Dieu catholique demeurent toujours d’une grande importance,
du moins, individuellement parlant. Devant une mort éminente
qui nous renvoie inévitablement au non-sens, les questions sur
la vie tournent sans cesse, religion ou non, autour des mêmes
pôles : le pourquoi et le comment. Les réponses, elles,
vu la soi-disant mort de Dieu, se sont complexifiées, mi-anéantisées,
mi-individualisées, mais elles n’ont pas été
réellement mises à l’écart du dogme religieux.
Devant l’appropriation simultané du « comment »
par le capital et ses commissaires, le « pourquoi » s'est
anéanti, d'où la léthargie du rapport spirituel
à l'existence. Il n’y a pas eu de réelle pause philosophique
(mise à part peut-être celle du matérialisme historique
qui a fait la même erreur politique que le capital de renvoyer
la question de l’existence à une simple question économique)
entre le passage du libéralisme au néolibéralisme
et, perpendiculairement, entre le passage de la foi religieuse à
la mort de Dieu. La philosophie demeure aujourd’hui incapacitée
et devient à notre grand désarroi une théorie du
constat ou un raboutage de pensées déjà consummées. Il est évident que cette bipolarité philosophique - le
néant vs. le religieux - peut entraîner des extrêmes.
Mais quel est l’effet est-ce que cela peut avoir sur le passage
du temps au quotidien? D'abord, il est important de préciser
que cette relation bipolaire en est une issue de notre rapport cognitif
au vivre-ensemble. Chaque individu est au prise avec un choix qui cogite
dans son subconscient : croire ou ne pas croire. Croire, mais en quoi?
Ou ne pas croire, mais pour qui? Plusieurs intellectuels parlent d'une
crise de sens, nous dirions bien pire : c'est un suicide collectif!
Partie 2. Nihilisme libertaire : ceci est une introduction À travers le monde, un déploiement contestataire se réclame
anarchiste, c’est-à-dire contre toute autorité (ou
son synonyme libertaire). Il s’agit d’une des trois grandes
écoles du socialisme, aux côté du communisme et
de la social-démocratie (i.e. réformisme). L’anarchisme
est la seule qui ait de la valeur à nos yeux. La pensée nihiliste, quant à elle, est ironiquement plus
occulte. En tracer les contours suffit à plonger n’importe
quel esprit pensant dans un abîme de réflexion. Nous préciserons
seulement que : En cinq mots : nous ne reconnaissons aucune autorité. La raison,
elle, nous guide, mais nous ne sommes pas plus ses esclaves qu'elle
nous obéit. De suite, nous affirmons que le nihilisme libertaire est une méthode
contestataire déconstructiviste, radicale et anti-autoritaire.
Ceci, cependant, n’est encore qu’une évidence. Nous
voulons aller plus loin. Après tout, nous sommes issus du mouvement
anarchiste, mais ne sommes pas l’incarnation de ce dernier. Pour l’instant, il nous suffoque. De toute apparence, les conclusions les plus poussées des différentes
tendances plus marginales du mouvement permettent de déduire
les prémisses du nihilisme libertaire. À notre sens, celui-ci
est la réalisation à laquelle doivent se frapper ceux
et celles qui souhaitent la Révolution. Tous les sentiers y mènent,
et nous entendons le prouver. Tout radicalisme cohérent renvoi aux racines – toutes
racines renvoient au néant. L'attitude la plus imbécile
- et la plus destructrice - constitue à nier le nihilisme, c'est
à dire les contradictions, la décadence, la dissolution
de la morale et l'inanité de la philosophie. Nier le nihilisme,
parce qu'on refuse ses conséquences, signifie s'entourer de voiles
illusoires et réducteurs - donner sens à ce qui n'en a
pas. Les issues sont nombreuses, et nous voyons nos pairs, aussi athés-es
qu'ils et elles soient, faire de l'activisme une religion, comme les
capitalistes tiennent cérémonie aux centres d'achats.
Cesser de fuir, affronter l'inévitable : voilà ce qui
pourrait mouvoir la militance à constituer un environnement viable
et conséquent. Car si, en effet, toute oppression nous mène à l’anarchisme,
encore tout anarchisme nous mène-t-il au nihilisme. Ses paradigmes
nous sont parvenus sur trois axes tengeants qui ont critiqué
la pratique « classique » de l'anarchisme : le situationisme,
le queer et la pensée anti-civilisationnelle. Les découvertes de ces trois sous-tendances regroupent l’essentiel
des arguments qui concluent à notre position. Des arguments au
nihilisme libertaire, il y en a d'autres, mais pour l'instant nous voulons
expliciter le passage de l'anarchisme au nihilisme actif. Ce que nous nommons situationisme est toute analyse anarchiste qui
ne repose pas sur l’Histoire – qui ne reconnaît pas
le temps linéaire. Les situationistes peuvent comprendre chaque
facette du Nouvel ordre mondial d’un regard sensible et honnête,
dont la portée traverse les lieux communs de « prolétariat
», « bourgeoisie », « classe », et ainsi
de suite, ad nauseam. Prouver que le monde autoritaire est injustifiable
ne nécessite pas d’avoir réifié l’expérience
du temps cyclique. Nous y reviendrons plus loin. Poursuivons au sujet du mouvement queer. Le féminisme radical,
quoique souvent sophistique, a reçu récemment une critique
à l’intérieur même de son milieu, d’où
émergea une nouvelle doctrine quand à l’anéantissement
du patriarcat, que nous nommons queer. Le queer propose la libération de l’individu et la destruction
(non la rivalité avec) du patriarcat par la dissolution des genres
sexuels en tant que construits sociaux. Le terme « féminisme
», se rapportant au genre féminin, apparaît alors
comme contradictoire (ne serait-ce qu’au sens étymologique),
tout autant que peut l’être son antagoniste tant détesté,
le « masculinisme ». Encore une fois la déconstruction entraîne-t-elle la libération. Pour ce qui est de la pensée anti-civilisationnelle, elle est
née des écologistes radicaux . L’écologie
radicale, quoi qu’elle ne soit pas anarchiste à proprement
parler, a néanmoins permis des avancées formidables dans
la compréhension du monde réel et a réussis, à
travers ses trois grandes branches (écologie sociale, écologie
profonde et pensée anti-civilisationnelle) à défier
l’aporie sociétaire de la Révolution. Il n’y a pas, à ce jour, d’argument plus puissant
en faveur de la Révolution que celui du désiquilibre naturel.
La connaissance de ses causes effectives nous ont permis d’approfondir
notre compréhension de l’anarchisme, premièrement
quant à l’anthropocentrisme et ensuite quant à la
civilisation (et sa reproduction). Les anti-civilisationnels, dont nous priorisons l’influence dans
l’anarcho-nihilisme, ont tracé à travers leur œuvre
les blessures originielles de l’existence moderne ayant institué
l’autoritarisme durant la révolution néolithique.
C’est cette découverte qui permet l’entrée
de la critique de la réification et de la symbolisation par l’abstrait.
En d’autres mots, la pensée anti-civilisationnelle démontre
la distinction entre le réel (ce qui est, dénué
de sens ou doté d'un sens qui ne peut être maîtrisé)
et la réalité (le réel, avec ce qu'on construit
pour lui donner un sens). En détruisant les mensonges sur la
langue, l’histoire, le spectacle, le nombre, l’art et l’agriculture,
cette démarche déconstructiviste est vecteur de libération.
La valeur affirmative fait défaut, mais nous y reviendrons. En constat de ces multiples avancées, exercées dans des
milieux qui se distinguent les uns des autres (ce que certains-es insulteraient
de "luttes secondaires"), nous avons compris que la déconstruction
est bien une méthode commune aux avancées de l’anarchisme.
Une logique s'installe : pour vaincre d'un obstacle, une rivalité
réactionnaire ne suffit pas. Il faut aller plus loin, surpasser.
Pour ce, il faut rendre les parois de l'oppression perméables
: il faut assaillir leur établissement, leurs causes, leurs paradigmes,
leurs fondations. Une fois cela accomplit, l'obstacle est transparent.
Inexistant. Détruit. Anéantit. De ce fait, rien ne se détruit qui n’ait été
construit. Et puisque Dieu n'existe pas, la nature - le réel
- est effectivement dénuée de sens. L'absurdité
teinte les fondations de l'État-Prison. Ainsi, rien qui n’est
été construit n'a pu l'être autrement que par l’humain…
et l’humain est faillible : à la fois esclavagiste et insurgeant,
geolier et prisonnier. Nous n'avons pas de confiance absolue en l'humain
: nous ne pouvons par conséquent nous arrêter à
ce qui est. Par conséquent, ce monde et ses construits nous sont insipides.
Tout, et nous insistons bien sur le tout, peut être déconstruit.
Et si tout se déconstruit, alors rien n’existe-t-il réellement.
Voilà pourquoi la désaliénation doit être
directe, c’est à dire sans abstraction. La liberté
et la servitude, elles, ne sont pas des illusions : elles sont des évidences,
des états qui façonnent le vivre-ensemble et dynamisent
la réalité. Mais nous voyons au travers de tout cela,
et la possiblité - la liberté - est pour nous à
la fois finalité et moyen. Alors quoi? Si tout nous mène
au néant, c'est donc à partir de lui que nous devons créer.
Une fois ce constat fait, le nihilisme est atteint, et le deuil des
illusions peut commencer. Mais pour nous qui sommes actifs, il est impossible
d'en rester là. Nous devons être la Révolution. |