Extrait du livre IV - "Un monde où il y a tant de beauté"



Les hommes iront alors se demander l'un à l'autre, chacun ayant à la bouche le récit des maux d'autrui,où donc trouver une fin, une trêve à telles misères, et ne pourront,les malheureux, que se conseiller vainement des remèdes bien peu sûrs.



 

 

 

 

Ouverture sur le théâtre de la MegaEra.

Le local du centre communautaire est grisâtre, beige et jaune. Il est droit, carré, platré, et truffé de néons qui vrombissent comme des mouches sur un morceau de viande. Quelques plantes en plastique reposent dans les coins. Un faux plafond cartonné isole le corridor qui y mène. On entend quelques émetteurs radios allumés sur une fréquence locale dans les locaux voisins - de la pub, rien d'intéressant. Il y a des machines distributrices, des chaises en cuir synthétique brun, et un tapis bourgogne usé au milieu. Le plus particulier, peut-être, est cette sorte de tapisserie d'une centaine d'affiches épinglées sur les murs, avec des slogans, des messages, parfois militants, parfois réformistes ; et l'encre sur les affiches est toute effacée et ternie, appartenant au passé ; laissé là comme preuve qu'il y a déjà eu une résistance ouverte contre l'Etat, avant l'Aube Noire.

Des âmes étranges tournoient au centre de la pièce dans une vrille clandestine. La congrégation discute de la Révolution et de la guerre des Anges, dehors. Une vingtaine - hommes et femmes - sont là autour de la table rectangulaire au revêtement plastique : des alternes, des bohémiens, des intellectuels, des gens de la rue. Les révoltés de la mégapole. Tous assemblés autour de cinq épaisses piles de papier étalés sur la table ; des milliers d'affiches de papier, toutes neuves et lacées ensembles.

Dans l'air flotte un souvenir de l'Aube Rouge.