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Tremblante, le Cygne blessé crache, passe une main sur sa bouche et tente de se relever. Ses yeux injectés de sang, ses muscles tendus, elle fait son chemin jusqu'à l'évier et contemple sa réflexion dans le miroir. Une guitare électrique distortionnée s'ajoute au chaos digital dans la pièce voisine ; les rires et les cris redoublent, le rythme bombarde la céramique, tonne sur la porcelaine, ajoute à l'odeur d'urine et de mauvais savon sa froide perfection métallique.
Au-dessus d'un air de marche militaire une femme affirme sans émotion : difficile de se rendre compte qu'on manque de temps. La narratrice se met alors à hurler d'un cri si aiguë qu'il perce l'oreille, enflamme le cœur, et comme un appel à l'émeute, le rythme agressif reprend l'assaut, arrache tout. Destruction. Yano contemple son visage pâle dans la glace ; ses lèvres moites, ses yeux rouges, ses cheveux humides, son maquillage abîmé. Le goût de bile dans sa bouche ressemble un peu à celui des lacrymogènes. Étrange. Elle réalise qu'elle regarde en cet instant la dernière chose que le Cardinal a vu avant de mourir. La toute dernière chose… et ça ressemble à la défaite. Puis, la mémoire lui revenant comme une amie rancunière, Erynie se rappelle sa raison d'être là. Elle réalise qu'elle souhaite quitter cette infecte salle de bain au plus vite. S'aspergeant le visage d'eau glacée, elle décide de refaire son maquillage, mettre de l'ordre dans ses traits, et continuer. Elle se met à rire alors, toute seule. |